L'origine du peuple ADJA vue par Jean PLIYA


En remontant l’histoire de l’humanité nous constatons que les peuples ont effectué de nombreuses migrations à cause des guerres, des catastrophes naturelles ou des luttes pour le pouvoir. Tel est le cas du peuple Adja dans le Sud-Ouest en République du Bénin. Nous avertissons nos lecteurs que notre article saura faire la part de la légende et ne retiendra que la veritable histologie du peuple Adja. Ainsi, notre récit s’articulera autour des axes suivants : origine, épopée et implantation actuelle.

L’origine du peuple Adja remonte au déclin de l’empire Songhaï avec Sonni Ali Ber (1465-1492). L’empire Songhaî est situé en République du Niger. De prime abord, l’ancêtre Togbui Anyi quitte le Niger avec ses siens pour la ville Ayo au Nigeria. Puis il traverse Kétou au Bénin et arrive à Tado au TOGO ville plateau en République du Togo. Un autre ancêtre nommé Zâ quitte l’empire de Ouagadougou situé en République du Burkina Faso, passe par le Ghana avec les siens et vient aussi s’installer à Tado. Sans doute, les deux peuples se fusionnent et deviennent le peuple Adja de Tado.
On peut donc dire que le peuple Adja a une double origine : Sonraî et Mossi. Notons que Tado est une ville située sur la rive gauche du fleuve Mono à 100 km du littoral dans un haut plateau où abonde la latérite. Cette ville était le centre métallurgique du bassin du Mono et la plaine du fleuve Couffo. Tado avait un quartier dénommé Alu. Selon la légende, Alu était l’ancêtre qui descendit du ciel, le marteau et l’enclume à la main. Ceci explique pourquoi Tado était une ville qui connaissait le travail du fer dès l’an 1000. Le roi intronisé se devait de faire alliance avec les détenteurs de la puissance mystérieuse de la forge. Le peuple de son côté attribue au roi des pouvoirs divins, croyant que de sa santé dépendent la fécondité de la terre et la tombée des pluies. Le roi prenait le nom de Anyigban-Fyo (roi de la terre).


Il s’asseyait sur un trône à cinq pieds. Vers 1500 ans, des querelles de succession ont éclaté à Tado. En effet, la princesse Aligbonon, fille du roi Ahossouho eut un entretien dans la forêt près d’un marigot avec une panthère mâle. Noeuf mois plus tard, elle donna naissance à un fils baptisé Agassou. Il devient fort et courageux. Il eut de nombreux descendants que l’on nomme les Agassouvi. A la mort du roi de Tado, l’un d’eux, Landè, voulut lui succéder.
Mais un fils de princesse ne saurait régner car le pouvoir ne se transmettait pas par les femmes. Les Agassouvi essayèrent de le prendre par la force. Landè tua le prince Adja qui était candidat. On le surnomma Ajahouto, « le tueur d’Adja ». Une bataille s’ensuivit. Les Agassouvi sont vaincus et doivent fuir le pays Tado. Ainsi commença l’épopée fantastique du peuple Adja. EPOPEE
En fuyant Tado, Landè et les siens emportent les restes de l’ancêtre Agassou, son tabouret, sa lance et un de ses instruments de musique. Ils traversent Sahouè, Dékanmè, puis ils vont s’installer en pays Aïzo dans un village dénommé Allada. Ils y enterrent les restes d’Agassou. Ils désignent un prêtre l’Agassounon, chargé de veiller sur le culte de l’ancêtre considéré désormais comme une divinité. Landè meurt. Son fils Lansuhouto lui succède. Ce dernier eut quatre enfants : Mèdji, Zozérigbé, Do-Aklin. Le quatrième son nom est perdu par l’histoire.
A la mort de Lansuhouto, une querelle de succession éclata entre les quatre frères. Les anciens les réconcilient dans le village de Houègbo. Mèdji est reconnu comme roi d’Allada. Zozérigbé se dirige vers son pays maternel Ekpê près de Porto-Novo. Quant à Do-Aklin, il s’en va vers Canan.

LE ROYAUME D’ALLADA
Mèdji, roi d’Allada meurt vers 1610. Le royaume d’Allada reçoit plus tard des ambassadeurs du roi de France, Louis XIV. Les Européens le visitent au 17ème et au 18ème siècle ; le pays tirait sa richesse du commerce entre le royaume de Savi et les pays de l’intérieur.
LE ROYAUME DU DANHOME Do-Aklin, un autre frère de Mèdji partit à Canan. Les enfants Ganyé Hessou et Dakodonou le suivent. Ganyé Hessou donna naissance à Aho. Ce dernier, grand chasseur d’éléphants et de buffles construit sur le chemin important de la région un rempart pour protéger sa nouvelle maison d’où le nom « Agbomè ». Très vite, il s’imposa à tout le peuple Guédévi. Il devient roi à la mort de Dakodonou vers 1645. Il prit le nom de Houégbadja « le poisson qui a fuit la nasse n’y retournera plus ». Mais il avait un adversaire redoutable nommé Dan.Pour l’éliminer Houégbadja usa de ruse. Il incita son fils Houessou à demander des parcelles de terrains à Dan. Celui-ci obtempérait. Mais à chaque fois, Houessou trouvait le terrain donné trop petit.Fâché, Dan dut dire « Bientôt, tu finiras par construire dans mon ventre ». le lendemain, le fils de Houessou tua Dan et planta dans son ventre le bois central qui devait supporter sa case « Danhomè »dans le ventre de Dan. Le royaume fondé par Houégbadja devint le royaume de Danhomè et par la suite Danhomey ancien nom de la République du Bénin.

LE ROYAUME DE PORTO-NOVO
Se dirigeant vers le pays maternel, Zozérigbé meurt en court de route. L’un de ses descendants appelé Tê-Agbanlin fonde le royaume de « Hogbonou » que les portugais appellent au 18ème siècle Porto-Novo (Nouveau Porto), et que les yorouba du Nigeria nommait « Adjatchè ». En effet, ce descendant de Zozérigbé était un homme de haute taille et a des jambes très longues. Il s’assoit toujours sur une peau d’antilope.
D’après la tradition, tê Agbanlin demande au chef d’Aklon une petite parcelle de terre, si petite qu’une peau d’antilope suffirait à l’encercler. Ayant obtenu l’accord de son hôte, il occupe la peau d’antilope en fines lanières qu’il attache bout à bout pour obtenir un vaste terrain sur lequel, il construit une grande demeure « Hogbonou » : « entrée de la grande maison »
Ainsi l’épopée fantastique du peuple Adja s’est couronnée par la création des royaumes d’Allada, du Danhomè et de Porto-Novo. On peut alors se demander quelle est l’implantation actuelle du peuple Adja.
D’abord nous faisons remarquer que le peuple Aja a donné naissance à de nombreux groupes ethniques qui forment à nos jours la nation Béninoise.
-les Fons habitent le centre et le sud
-les Goun établis au sud-est dans la région de Porto--Novo sont un mélange d’Aja et de Nagot
-Les Mahi dans la région de Savalou
-les Aïzo à Allada
-les Hwla ou Houla à Grand Popo
-les Houéda qui ont fondé le royaume de Savi. Ce royaume est le premier à établir le contact avec les Européens vers 1500 ans.
A nos jours Tado est toujours le berceau de peuple Aja. Ce peuple occupe principalement les villages du Département de Couffo : Aplahoué, Dogbo, Houin, Agamé, Djakotomè, Toviklin. Les enfants Adja sont travailleurs et participent activement à l’essor de l’économie béninoise.
Le peuple adja a donc rayonne depuis des siècles en Afrique Occidentale. C’est pourquoi on le retrouve partout surtout dans la sous-région Niger, Burkina-Faso, Togo, Ghana, Cote d’Ivoire, Nigeria.
BIBLIOGRAPHIE
Histoire-Dahomey de Jean Pliya Peuples du Golfe du Bénin« Adja-Ewé »
Etudes réunies et présentées par François de MEDEIROS Editions KARTHALA 2004
« Aperçu sur l’implantation actuelle et les migrations anciennes des peuples de l’aire culturelles Aja-Tado » De Roberto PAZZI
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